
9 août 2026 — Baby Echo
Pourquoi ne parle-t-on pas assez des fausses couches ?
Il y a des sujets dont on parle très facilement pendant la grossesse : les premiers mouvements du bébé, le choix du prénom, la chambre, la valise de maternité… Et puis il y a des sujets que l'on préfère éviter, comme s'ils étaient trop douloureux ou trop inconfortables. Les fausses couches en font partie. Pourtant, elles sont loin d'être rares et concernent énormément de femmes. Alors pourquoi ce sujet est-il encore si tabou ?
Avant tout, j'aimerais revenir sur les mots que l'on emploie. Personnellement, je n'aime pas beaucoup le terme « fausse couche ». Je préfère parler de grossesse arrêtée naturellement. Les mots ont une importance. Ils influencent la façon dont on vit les événements. L'expression « fausse couche » peut parfois être maladroite et laisser penser, à tort, qu'il y aurait quelque chose de « faux » ou que la femme aurait fait quelque chose. Or ce n'est absolument pas le cas. La grossesse s'est arrêtée naturellement, sans que personne n'en soit responsable. D'ailleurs, cette expression est de plus en plus utilisée par les professionnels de santé, et j'espère qu'un jour elle remplacera officiellement le terme actuel.
Une grossesse arrêtée naturellement correspond à l'arrêt spontané d'une grossesse avant que le bébé ne soit viable. Dans la majorité des cas, cela se produit au cours du premier trimestre et est lié à une anomalie chromosomique de l'embryon. C'est une façon pour la nature d'interrompre le développement d'une grossesse qui n'aurait probablement pas pu évoluer normalement. Cela peut expliquer ce qui s'est passé, mais cela n'enlève évidemment rien à la douleur que ressentent les parents.
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, c'est un événement fréquent. Environ une grossesse connue sur six, soit près de 15 %, se termine par une grossesse arrêtée naturellement, selon de nombreuses études internationales. Et, à mon avis, ce chiffre est probablement sous-estimé. Pourquoi ? Tout simplement parce que certaines femmes ne savent même pas qu'elles étaient enceintes. Une grossesse peut débuter puis s'interrompre très précocement, avant même qu'un test ne soit réalisé. La femme pense alors simplement avoir ses règles, parfois un peu en retard ou un peu plus abondantes que d'habitude. Ces situations ne sont jamais comptabilisées, ce qui signifie que les grossesses arrêtées naturellement sont certainement encore plus nombreuses que ce que montrent les statistiques.
Alors pourquoi en parle-t-on aussi peu ?
La première raison, c'est probablement que beaucoup de couples attendent les trois mois de grossesse avant d'annoncer la bonne nouvelle. C'est une habitude très répandue. Malheureusement, c'est aussi pendant cette période que surviennent la majorité des grossesses arrêtées naturellement. Lorsque cela arrive, très peu de personnes sont au courant de la grossesse. Le couple traverse donc cette épreuve dans le silence, sans forcément recevoir le soutien de son entourage. À force de ne pas en parler, on a l'impression que cela n'arrive qu'aux autres, alors que c'est tout l'inverse.
Je pense aussi qu'il existe encore beaucoup de pudeur et parfois même de honte autour de ce sujet. Certaines femmes culpabilisent et cherchent une explication à tout prix. Elles se demandent si elles ont fait un effort de trop, porté quelque chose de trop lourd, mangé un aliment qu'il ne fallait pas ou vécu trop de stress. Dans l'immense majorité des cas, la réponse est non. Pourtant, cette culpabilité est encore très présente, alors qu'elle n'a pas lieu d'être.
Il y a aussi une autre raison qui me touche particulièrement : cette douleur est encore trop souvent minimisée. On entend parfois des phrases comme : « Ce n'était que quelques semaines », « Vous êtes jeune », « Vous en aurez un autre ». Bien sûr, ces phrases sont souvent dites avec de bonnes intentions. Mais elles peuvent être extrêmement difficiles à entendre. Parce qu'à partir du moment où l'on apprend que l'on est enceinte, on commence déjà à se projeter. On imagine son bébé, on pense à l'avenir, on fait des projets. Même si la grossesse est très précoce, l'attachement est déjà là. Ce n'est pas seulement une grossesse qui s'arrête, c'est aussi un projet de vie qui s'effondre.
Il ne faut pas oublier non plus que le corps est déjà profondément bouleversé par les hormones. Les émotions sont intenses et la douleur psychologique est bien réelle. Une grossesse arrêtée naturellement est un véritable deuil. Et comme tous les deuils, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de le vivre. Certaines personnes auront besoin d'en parler tout de suite, d'autres préféreront garder cela pour elles pendant un temps. Certaines reprendront rapidement leur quotidien, d'autres auront besoin de plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Tout cela est normal.
Le conjoint peut lui aussi être profondément affecté. Il vit également la perte de ce bébé et du projet qu'il représentait. Mais chacun ne réagit pas de la même manière ni au même rythme. Il arrive que l'un ait besoin d'en parler alors que l'autre préfère avancer en silence. Ces différences peuvent parfois créer des incompréhensions dans le couple, alors qu'en réalité chacun souffre simplement à sa façon.
J'aimerais vraiment que l'on parle davantage de ce sujet. D'abord parce que cela permettrait aux femmes de se sentir moins seules, mais aussi parce que cela contribuerait à faire disparaître cette culpabilité qui n'a pas lieu d'exister. Demander de l'aide n'est jamais un signe de faiblesse. Si vous ressentez le besoin d'être accompagnée par une psychologue, une sage-femme, un médecin ou tout simplement par vos proches, faites-le. Prendre soin de sa santé mentale est aussi important que prendre soin de son corps.
Et si vous pensez que personne autour de vous n'a vécu cette épreuve, je vous invite à poser la question à votre mère, à une tante, à une cousine ou à une amie. Il y a de grandes chances que l'une d'elles vous réponde : « Moi aussi. » Simplement, elle ne vous en avait jamais parlé.
C'est précisément pour cette raison qu'il est important de lever le tabou. Non pas pour banaliser les grossesses arrêtées naturellement, mais pour rappeler à toutes les femmes qu'elles ne sont ni seules, ni responsables de ce qu'elles traversent. Ce sujet mérite d'être entendu, compris et accompagné avec beaucoup plus de bienveillance.