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23 août 2026 — Baby Echo

Excision : pourquoi il faut en parler

Hier, un rassemblement avait lieu à Paris pour dénoncer les mutilations génitales féminines.

Parce que c’est un sujet qui me touche énormément, non pas que j'en ai été victime mais parce que je suis un humain, qui est contre l'injustice.

Dans mon métier, j’ai été confrontée à des femmes qui avaient subi une excision. Et même si j’en avais déjà entendu parler avant, le fait de rencontrer ces femmes, de voir leur corps, d’entendre leur histoire et parfois de les accompagner pendant leur grossesse et leur accouchement m’a profondément marquée.

Il y a des sujets que l’on apprend dans les livres. Et puis il y a ceux que l’on découvre réellement lorsqu’une femme est devant nous.

L’excision fait partie de ces sujets.

L’excision, c’est quoi ?

L’excision fait partie de ce que l’on appelle les mutilations génitales féminines.

Ce sont des pratiques qui consistent à retirer ou à abîmer une partie des organes génitaux d’une fille ou d’une femme, alors qu’il n’y a aucune raison médicale de le faire.

Elles sont très souvent pratiquées sur des petites filles, parfois très jeunes.

Et ce qui me révolte, c’est qu’elles n’ont évidemment pas la possibilité de comprendre ce qui va leur arriver, ni de donner leur consentement.

On leur impose.

Pour des raisons culturelles, sociales, familiales ou liées à des croyances profondément ancrées.

Mais aucune tradition ne devrait justifier que l’on mutile le corps d’une enfant.

Il existe plusieurs formes de mutilations

On parle souvent simplement « d’excision », mais il existe en réalité plusieurs types de mutilations génitales féminines.

Dans certaines formes, une partie du clitoris est retirée. Dans d’autres, les petites lèvres peuvent également être retirées.

Et dans les formes les plus sévères, on parle d’infibulation : l’ouverture vaginale est fortement rétrécie en rapprochant ou en cousant les tissus.

Et les conséquences peuvent être terribles.

Le jour même, il peut y avoir des douleurs extrêmement importantes, des hémorragies, des infections, des difficultés à uriner et parfois des complications qui peuvent mettre la vie en danger.

Mais le problème ne s’arrête pas ce jour-là malheureusement. Il accompagne une femme toute sa vie.

Des conséquences à vie

Certaines femmes vont souffrir d’infections urinaires répétées, de douleurs importantes pendant les règles, de douleurs lors des rapports sexuels ou de problèmes liés aux cicatrices.

Il peut également y avoir des conséquences psychologiques très importantes.

Parce qu’il ne faut jamais oublier une chose : ce n’est pas seulement une partie du corps qui a été mutilée. C’est aussi une petite fille, une jeune fille, une femme, qui a vécu quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû vivre. Certaines femmes peuvent garder des traumatismes, de l’anxiété, une grande souffrance psychologique ou des difficultés dans leur vie intime.

Et parfois, elles n’en parlent jamais.

Et puis il y a l’accouchement…

C’est probablement l’une des choses qui m’a le plus marquée dans ma pratique.

J’ai accompagné une femme qui avait subi une infibulation. Et je peux vous dire que l’examiner était extrêmement difficile. L’anatomie avait été modifiée au point que l’accès était très limité. Chaque geste devait être fait avec énormément de précautions.

Puis est arrivé l’accouchement, une désinfibulation a été nécessaire pour permettre sa prise en charge. C'est a dire qu'on à dû réouvrir cette partie de son anatomie qui avait été cousu plus jeune, afin que le bébé puisse naître par voie basse.

Et ce moment m’a profondément marquée parce que je pouvais voir que cette femme ne vivait pas seulement son accouchement. Elle revivait aussi, d’une certaine manière, le traumatisme qu’elle avait subi des années auparavant. C'était terrible... pour elle avant tout, mais aussi pour nous qui l'accompagnions.

Les examens, les gestes médicaux, les sensations dans cette zone intime… tout cela pouvait faire remonter quelque chose de très violent.

Et je me suis dit :

Comment peut-on accepter qu’une femme doive revivre un traumatisme qu’elle a subi lorsqu’elle était enfant, le jour même où elle donne naissance à son bébé ?

Un accouchement devrait être un moment où l’on accompagne une femme, où on la rassure, où on lui permet de se sentir en sécurité. Pas un moment où elle doit avoir l’impression que son corps lui échappe à nouveau.

Cette femme, sa vie, m’a profondément marquée. Et elle a renforcé encore davantage ma conviction qu’il faut parler de ce sujet.

Ce qui me révolte le plus

Il y a beaucoup de chose qui me révolte dans cette pratique.

Déjà qu'elle à été dans des lois crée par des hommes. Comment les hommes puissent avoir un pouvoir sur le corps des femmes ?

Ensuite, cette pratique est faite par des femmes sur des femmes. Et ces femmes qui excisent, ont elles-mêmes été excisées, elles savent tout ce que ça engendre en terme de difficultés et de douleurs. Comment peuvent-elles perpétuer cela ?

Et je crois que ce qui me révolte profondément, c’est cette idée qu’on puisse décider du corps d’une petite fille, femme, à sa place. Un enfant, une femme, un être humain, ne devrait jamais avoir à porter les conséquences d’une décision prise pour elle.

Et je me pose aussi une question qui est difficile :

Comment une pratique qui a fait souffrir autant de femmes peut-elle continuer à être transmise ?

C'est complexe, la pression familiale et sociale peut être immense. Cela n’excuse évidemment pas la pratique. Mais cela montre aussi pourquoi il faut travailler sur les mentalités, transmettre des informations et accompagner les femmes et les familles. Parce que pour faire disparaître une pratique, il ne suffit pas seulement de l’interdire. Il faut aussi comprendre pourquoi elle existe et donner aux générations suivantes les moyens de dire non.

Et en France ?

Oui, cela existe aussi en France. Des femmes qui ont subi une excision vivent en France et sont Françaises. Elles peuvent être nos patientes, nos voisines, nos collègues, nos amies. Et elles peuvent avoir besoin d’être accompagnées sans jugement. 

Les mutilations génitales féminines sont interdites et pénalement sanctionnées en France, y compris lorsqu’elles sont pratiquées à l’étranger. Mais l’interdiction ne suffit pas. Il faut aussi savoir reconnaître une femme qui a subi une mutilation, savoir lui poser la question avec délicatesse et surtout savoir quoi lui proposer ensuite.

Il existe des possibilités de réparation

C’est quelque chose que j’aimerais vraiment que toutes les femmes concernées sachent.

Avoir subi une excision ne signifie pas que l’on doit vivre toute sa vie avec ses conséquences sans rien pouvoir faire.

Il existe des parcours de soins. Une femme peut être accompagnée sur le plan gynécologique, psychologique, sexologique et, lorsque cela est possible et souhaité, chirurgical.

Il existe notamment des interventions de réparation du clitoris. Pour les femmes ayant subi une infibulation, une désinfibulation peut également être proposée.

Mais la réparation ne concerne pas uniquement le corps. Il faut aussi pouvoir réparer les blessures invisibles. Pouvoir parler. Être écoutée. Comprendre ce qui nous est arrivé.Être accompagnée psychologiquement. Et surtout, ne jamais être jugée.

C’est aussi pour cela que je l'ai mentionné dans le BabyDoc

Je suis particulièrement sensible à ce sujet.

Et c’est justement pour cela que j’ai choisi de faire apparaître ce mot " excision" dans le BabyDoc, même si je sais que cela concerne une minorité de femmes.

Mais ce n’est pas parce qu’un sujet concerne peu de personnes qu’il ne mérite pas d’être mentionné. Parfois, une femme peut avoir subi une mutilation lorsqu’elle était enfant et ne plus penser à la considérer comme un antécédent important.

Parfois, elle n’en a jamais parlé. Et parfois, le simple fait de voir une question peut lui permettre de se dire : « Oui, cela me concerne. » Et peut-être enfin d’en parler.

Cette information peut être importante pour les professionnels qui vont l’accompagner pendant sa grossesse et son accouchement.

Avec le BabyDoc, je ne voulais pas simplement créer un outil pour ranger ses documents. Je voulais créer quelque chose qui permette aussi de ne pas oublier des informations importantes concernant son histoire, même lorsqu’elles sont intimes, difficiles ou douloureuses.

Alors, que pouvons-nous faire ?

À notre échelle, nous pouvons parler, nous pouvons informer, nous pouvons écouter. Nous pouvons arrêter de considérer certains sujets comme trop gênants pour être abordés. Nous pouvons apprendre à nos enfants que leur corps leur appartient. Et nous pouvons surtout dire aux femmes qui ont subi une mutilation :

Vous n’êtes pas seules. Vous n’avez rien à vous reprocher. Et il existe des solutions.

Je sais que je ne changerai pas le monde à moi seule. Mais si une publication permet à une femme de prendre conscience qu’elle peut être accompagnée, si une question dans un BabyDoc permet à une femme de parler pour la première fois, si une future maman comprend qu’elle peut demander de l’aide…

Alors cela aura déjà servi à quelque chose.

On accepte pas l’inacceptable.

Aucune petite fille ne devrait avoir à subir ça.

Et aucune femme ne devrait avoir à vivre seule avec les conséquences.

Merci infiniment à toutes les femmes courageuses qui ont subi cela et aux personnes qui en parlent pour que les choses changent.